Le Manuscrit de Viguier

par un effendi de Constantinople

Le manuscrit de Viguier est un ouvrage de 185 pages contenant une multitude de fables originellement écrites en latin et en français puis traduites en turc. Ce travail a été réalisé à Constantinople en 1721 par un inconnu. Il est possible de construire la liste des anciens propriétaires de ce manuscrit grâce à la préface de la grammaire de Louis Victor Letellier. Dans celle-ci, les trois premiers propriétaires à l'exception de l'effendi ayant traduit ces fables sont mentionnés. Par la suite, seulement trois propriétaires sont identifiables. Le manuscrit va traverser l'Atlantique entre 1826 et 1834 pour se retrouver au Bas-Canada.

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Pierre-François Viguier, préfet apostolique à Constantinople, a récupéré le manuscrit dans cette même ville pour en faire un recueil de fables populaires. Malheureusement, il est décédé avant d'avoir terminé son travail et a légué l'ensemble de ses documents à son ami et collègue, l'orientaliste Dejean.

 

Le manuscrit est resté peu de temps entre les mains de l'orientaliste Dejean (un collègue de Viguier). Il en fera cadeau à M. Letellier pour qu'il puisse s'en servir comme base de sa grammaire simple dédiée aux débutants.

 

Louis Victor Letellier, membre de la société asiatique de Paris, décide de continuer le travail de M. Viguier et va publier sa grammaire turque simplifiée basée sur le manuscrit en 1826. À cette époque, la langue turque était très difficile à étudier puisque très peu d'ouvrages de référence étaient disponibles. De plus, ces livres étaient surtout utiles aux professionnels de la langue. Parmi ces ouvrages, il y a celui de François Mesgnien (Meninski). Letellier ne va pas produire un recueil de fables comme prévu à l'origine. Son œuvre finale sera une grammaire simplifiée de la langue turque du nom de Choix de fables traduites en turc par un effendi de Constantinople et publié avec une version française et un glossaire par L. Victor Letellier membre de la société asiatique de Paris (1826).

 
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[Hypothèse] Augustin Amiot, marchand et libraire à Québec, occupe la maison Fornel située actuellement au 9 place Royale. Son fils, Joseph-Thomas Amiot, développe peu à peu les mêmes intérêts que son père. Une hypothèse serait que Augustin ait reçu le manuscrit de l'Europe ou que ce dernier l'a acheté à un voyageur pour ensuite l'offrir à son fils.

 

À cette date, Joseph-Thomas Amiot Esquire offre le manuscrit à « The Literary and Historical Society of Quebec ». Il offre aussi un exemplaire du livre ayant pour titre : « Via Recta ad Vitam Longam », écrit par Tobias Venner en même temps que le manuscrit turc. Lors du don, Amiot ne savait pas qu'il avait en main un manuscrit d'une certaine importance, car la seule identification notée lors du don est : « Thomas Amiot, Esq. — Via recta ad vitam longam. Bv Dr. Venner. London, 1650. A Turkish Manuscript. »

 
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Pendant cette période, le manuscrit est entre les mains du Morrin Centre (The literary historical society of Quebec). Il n'y a pas d'information qui explique pourquoi le centre aurait donné ou vendu ce document. Toutefois, victime de deux incendies, une bonne partie de leur collection de livres anciens s'est trouvée à la vente dans le but de financer un nouveau bâtiment où siégera cette société. Peut-être que le manuscrit faisait partie de cet élagage. À ce moment, le manuscrit était non identifié.

 

Ce livre manuscrit était présenté dans une belle petite vitrine de la boutique Argus livres anciens. La librairie du chemin de la Canardière à Québec offrait une tonne de livres, documents, cartes et photos. Malheureusement, cet endroit rempli de trésors n'existe plus. C'est lors de la vente de fermeture que le Manuscrit de Viguier a été acheté. À ce moment, il était considéré comme un simple « Manuscrit en turc».